6 FÉVRIER 2026 | TRIBUNE PAR JOHN MARCUS
LA CITÉ DE L’INDICIBLE PEUR
Il s’est produit la semaine dernière un événement tout à fait extraordinaire, un véritable crime de lèse-majesté même, selon monsieur le maire de La Palme : un délit de partage d’informations publiques.
On savait déjà que monsieur le maire n’aimait pas beaucoup la vérité. On savait aussi qu’il détestait la contradiction et le débat, forçant presque la moitié de ses élus soit à l’abandon, soit à la sécession.
Force est de constater qu’il n’aime pas non plus la liberté de la presse ni la liberté de pensée tout court, surtout celle de ses administrés. Le village, ses habitants et leurs opinions doivent, apparemment, rester sous sa propre main de justice : monsieur le maire vient d’en administrer — si l’on peut dire — une preuve éclatante en envoyant un avertissement très clair à ses ouailles : « Attention aux esprits chagrins ! »
Selon nos sources, un homme, personnalité du village, que nous ne connaissions pas directement, mais fort apprécié des palmistes pour son engagement dans les arts, la culture et l’éducation depuis près de deux décennies, de surcroît correspondant local du journal L’Indépendant, a été convoqué le 31 janvier à la gendarmerie pour une audition à titre de « témoin » dans le cadre d’une plainte pour diffamation déposée par monsieur le maire à l’encontre de lapalme.info.
Nous avons là une nouvelle preuve des méthodes détestables de ce maire. Car l’objectif de cette plainte n’était pas, visiblement, de déposer des preuves concernant l’inexactitude des informations diffusées dans nos articles : juridiquement, tactiquement même, selon les juristes consultés, le choix d’une citation à comparaître devant un tribunal correctionnel aurait été le plus judicieux et, surtout, beaucoup plus efficace pour faire cesser rapidement notre publication, voire nous faire condamner.
Mais un débat public, dans une salle d’audience, c’est compliqué pour la Vérité justement. On en vient forcément à parler de choses qui peuvent fâcher devant la Justice, c’est-à-dire devant le peuple lui-même.
Il y a exactement quatre ans, en février 2022, la mairie avait procédé par citation directe, car elle disposait d’un bras armé, celui de la société HECTARE, à laquelle elle avait transmis des courriers strictement confidentiels ainsi que la maquette du présent site Lapalme.info, déjà en gestation.

Malheureusement pour monsieur le maire, cette courageuse démarche par personne morale interposée, n’avait pas produit les effets escomptés. Et comme aujourd’hui les anciens amis sont fâchés, monsieur le maire ne peut plus déléguer ses basses œuvres à un tiers.
Il y a donc nécessité de louvoyer pour mieux intimider.
Le but de la plainte actuelle, déposée contre lapalme.info, est donc bel et bien dilatoire — un simple prétexte, une diversion — afin de tenter d’effrayer sa propre population. Et comme il convenait de faire exemple, un citoyen connu, une figure symbolique, est apparu ainsi comme une cible idéale pour cette opération de remise au pas générale.
Que serait, en effet, aujourd’hui, la vie culturelle et artistique de La Palme sans l’incroyable énergie de Gérard Romero, 78 ans, notamment l’animation de ce lieu d’accueil fédérateur, unique dans la région, qui est aussi le siège de l’association Art & Vin, patrimoine immatériel communal fondé en 2010 par Henriette Jalabert et Jean-Jacques Borrut ?

Le numéro 4 de la rue du docteur Ferroul à La Palme, c’est un véritable bouillon de culture, d’expositions, de rencontres, d’échanges entre les artistes locaux et la population. C’est un lieu sacré où se démocratise la culture, l’apprentissage de l’esthétique, où se déploie la pluralité des idées et des opinions, où l’on sait débattre parfois avec passion, mais toujours avec respect, un lieu qui, en définitive, permet de renforcer l’intelligence collective, la capacité d’écoute, l’empathie, le savoir-vivre ensemble.
Gérard Romero, pédagogue infatigable, est celui qui, aussi, introduit aux Arts plastiques les jeunes générations lors d’ateliers d’initiation qu’il anime bénévolement ; c’est celui, également, qui, éternel passeur, transmet nos traditions, nos us et coutumes, notamment grâce aux activités didactiques développées autour de la fameuse Vigne des enfants dont il est le créateur.
Il suffit d’égrener les pages du blog Art & Vin, les articles de presse qui lui sont consacrés pour comprendre la richesse du capital culturel et social que la communauté doit à Gérard Romero.
C’est précisément cet homme que monsieur le maire attaque aujourd’hui. Tenter d’intimider une personne si engagée auprès de ses concitoyens, un homme à qui la commune devrait tout au contraire une totale reconnaissance, c’est faire œuvre, en vérité, de vilain.
Car le seul « crime » de Gérard Romero a été de publier sur la page Facebook de l’une de ses associations, Palm’Actif, dédiée à la défense de l’environnement du village, le simple… lien de l’un de nos articles.
Oui, vous avez bien lu : un simple partage de lien sur un réseau social !

On peut d’ailleurs comprendre que l’enquête ainsi partagée par monsieur Romero, laquelle évoquait « une route magique » touchant à un sujet d’urbanisation sauvage comme l’Affaire de La Corbière Haute, ait pu interpeller en conscience un véritable défenseur de l’environnement qui, lui, ne craint pas « l’écologie punitive ».
Mais en touchant à la figure symbolique de « l’homme au chapeau », surnom affectueux donné à Gérard Romero par les enfants du village, un message clair vient d’être envoyé à toute la population par monsieur le maire : ne tentez pas d’exercer vos droits constitutionnels ; lâchez immédiatement vos claviers ou vos portables, oubliez les icônes « partager » : résistez désormais à l’odieuse tentation de la liberté !
Monsieur le maire vient d’inventer en direct, depuis La Palme, le délit du partage d’informations publiques.
Il est vrai que monsieur le maire est devenu tout récemment un expert en nouvelles technologies de l’information. Il ne lui suffit plus de copier le format moderne de l’équipe de son dynamique compétiteur : il apprécie désormais de se mettre en valeur dans des scènes d’un bucolisme tout à fait irrésistible : l’homme qui chuchote aux oreilles des vignes.
C’est sans doute l’un de ses mystérieux admirateurs, followers — abonnés, en bon français — de son compte officiel de campagne sur Facebook qui lui aura chuchoté l’odieux outrage de Gérard Roméro. Nous écrivons « mystérieux abonnés » de monsieur le maire, car certains suiveurs de ce compte, et malgré nos recherches et nos captures d’écran, sont parfaitement inconnus des véritables habitants du village. Mais qu’importe l’identité réelle ou virtuelle, pourvu qu’on ait le like !
Eh c’est bien, en définitive, ce qui dérange le plus, ce qui glace le sang même : ce « chuchotement ».
Fidèle admirateur de Jean-Pierre Mocky, monsieur le maire veut transformer son village en Cité de l’indicible peur, ce lieu où la délation et l’intimidation sont élevées au rang de vertus cardinales, où les sombres corbeaux deviendraient des héros.
La « bête » mise en scène par Mocky, celle de funeste mémoire, n’a pas été enfermée dans nos manuels d’histoire, comme nous le croyons trop souvent : elle continue à rôder autour de nous, exigeant une vigilance de tous les instants.
Qu’il semble donc loin ce jour où monsieur le maire de La Palme remerciait sincèrement, et même chaleureusement, monsieur Gérard Romero, « ce pilier de la communauté » :
« C’est grâce à ses efforts constants depuis 13 ans que l’art sous toutes ses formes a été mis en valeur, tant pour les habitants que pour les touristes de passage. »
La vision politique binaire de monsieur le maire — amis ou ennemis — est décidément très troublante, tout comme sa lecture au premier degré de certains versets du nouveau testament — notamment Matthieu 12:30 — évangiles que nous lui conseillons, cependant, en sa qualité de chrétien déclaré, de relire avec beaucoup plus d’attention afin d’en bien saisir le message originel, cet « amour du prochain » que devrait, normalement, frère Fauran aux siens humains.
Car ce manichéisme — en plein cœur du pays « cathare » ! —, qui flirte avec le syndrome de la persécution, est très inquiétant pour la démocratie : il y a peu encore Jean-Paul Fauran avait accusé en gendarmerie le propre signataire de cette tribune, lequel loge accessoirement à plus de 800 km du village, d’avoir… posé des panneaux « outrageants » sur notre belle plage du Rouet :
« Je tiens à préciser — déclare monsieur le maire — que j’ai déposé plainte contre X le 23 juillet 2022 auprès de vos services pour des faits d’outrage à une personne dépositaire de l’autorité publique. En effet, quelqu’un a cloué sur des poteaux de la plage du Rouet des panneaux portant l’inscription “Avis — délit d’initié — abus de bien social,despotisme, favoritisme. Foran = maire de la La Palme Justice Cordialement”. Je soupçonne fortement [John] d’en être à l’origine.»
Mais laissons là ces dénonciations sincèrement chrétiennes, ni diffamatoires, ni calomnieuses, car il nous faut conclure.
Monsieur Gérard Roméro est chevalier de la Légion d’honneur, la plus haute distinction nationale pour récompenser les mérites civils en notre République. Il est probable que monsieur le maire rêve, comme beaucoup d’autres, de rejoindre cette cohorte de citoyens distingués. Mais monsieur le maire devrait savoir que sans Honneur, il est fort difficile de former légion.
Plutôt que de nourrir de vaines espérances, nous lui conseillons de relire plutôt l’article 11 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen pour mieux la méditer :
« La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’Homme : tout Citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la Loi. »
Amen.
Article mis à jour le 7/02/2026 et le 12/02/2026 (corrections mineures et coquilles)